Pane & Olio

À l’automne la campagne italienne est animé par l’activité incessante de l’olivade . Dans Les Marches, petite région centrale sur la côte Adriatique, la récolte des olives est souvent une tradition familiale.

J’ai aidé mon grand père quand j’étais enfant, en préparant des pique-niques ou en m’assurant que les filets étaient bien positionnés, pour ramasser jusqu’à la dernière olive. Depuis quelques années c’est mon père qui dirige les opérations et cet octobre, pour la première fois, mes filles ont participé à cette tradition familiale simple et pourtant essentielle. Des journées entières dans les champs, ensemble, en rigolant pour ne pas penser à la fatigue. Une fatigue saine pour qui, comme moi, passe ses journées devant à un écran, ou derrière un appareil photo. La fatigue, la saleté , l’appétit de lion en fin de journée donnent à cet l’huile d’olive un goût très different des autres condiments.

La vie dans les Marches est simple, lente depuis toujours, bien avant que le « slow » soit devenu cool. Traditionnellement beaucoup des jeunes partent faire leurs études ailleurs, et seulement une partie entre eux revient. Les autres s’installent dans les grandes villes: Rome, Milan, Bologne ou à l’étranger (c’est mon cas). Mais depuis quelques années le vent a fait son tour et Les Marches ont un nouveau souffle, elles deviennes un petit incubateur des choix de vie plus simples, en contact avec la nature, plus durables. Un graphiste qui quitte Milan pour planter un champ de blé et produire sa farine, une jeune promesse de la pâtisserie qui abandonne sa carrière dans des établissements prestigieux pour ouvrir une boulangerie (au rez-de-chaussée de l’immeuble où elle a grandit, pour le rénover après le tremblement de terre de 2016 qui a saccagé la ville).

Leur expériences, les défis qu’iels ont décidé d’affronter, me rendent optimiste, me donnent de l’espoir pour un futur centré sur l’humain et moins sur le succès par le profit.

Cette année, la récolte des olives a été généreuse. L’huile est fruitée, délicieuse. Je suis rentrée chez moi, en Provence. Je regarde mes photos, je choisis l’histoire que je veux raconter, et j’aimerais transmettre la sensation de manger, après une longue journée de récolte, une tranche de pain encore chaud servie avec une huile d’olive encore verte, tout juste sortie du moulin.

Les Marches me ressourcent et me recentrent, mais chaque fois je choisis de partir. Mon rôle n’est pas de rester, mais de collectionner des moments, des histoires, des retours, pour bâtir et reconstruire.

 

Photos en intérieur shooté chez :

Lorenza Roiati dans sa boulangerie expérimentale à Ascoli Piceno « L’Assalto ai forni »

« Grano » boulangerie à lévitation naturel de Daniele Ciabattoni, agriculteur et boulanger